Au cœur de la construction de notre cathédrale biblique, il y a des artisans passionnés…
| Estelle Ingrand-Varenne, chercheuse associée Professeure spécialiste d’épigraphie médiévale au CNRS (CESCM), responsable du projet ERC GRAPH-EAST, elle collabore avec nous depuis des années. |
| La Bible en ses traditions, pour moi, c’est … un espace de circulation, de résonance et de rebond permanent d’un verset à l’autre, d’une annotation à une autre. Si l’un des objectifs du projet est de restituer la polyphonie biblique à travers la diversité des traditions textuelles, la plateforme BEST est en elle-même une symphonie. Les nombreux collaborateurs montrent combien, au fil des siècles, la Bible a été mise en mouvement, en image, en musique, en matière. Au Moyen Âge, les inscriptions gravées dans la pierre, le métal, le bois ou le verre comportent souvent des citations bibliques. Par leur emplacement – à la façade d’une église ou la voûte du chœur, à l’intérieur d’un reliquaire ou sur un encensoir – elles proposent une exégèse épigraphique. C’est cette réception et interprétation monumentale et artistique du texte biblique à l’échelle de l’Occident et de l’Orient latin que j’essaie de comprendre. Ma devise… Quod sum eris, quod es fui, « ce que je suis tu le seras, ce que tu es je le fus » : cette formule en chiasme était souvent gravée dans les épitaphes au Moyen Âge. Le mort parle au vivant, l’avertit de la finitude humaine – redevenir poussière – et l’invite à réfléchir au sens à donner à sa vie. Un bel exemple de cette voix d’outre-tombe se trouve inscrit sur la pierre tombale de Pierre de l’Étoile, le premier abbé de Fontgombault au XIIe siècle. Mon livre préféré dans la Bible … Le livre d’Osée. Ce livre très court raconte l’amour infini du prophète Osée pour sa femme malgré ses infidélités. Les auteurs chrétiens du Moyen Âge l’ont appliqué au Christ Sauveur. Un verset est particulièrement connu (Osée 13, 14) : ero mors tua, o mors, ero morsus tuus, inferne, « je serai ta mort, ô mort, je serai ta morsure, enfer » et est devenu une antienne dans la liturgie samedi saint. Comme les médiévaux, j’aime les jeux de mots sonores et étymologiques de ce texte qui font ressortir toute l’intensité du sens. Ce verset se trouvait d’ailleurs inscrit deux fois dans les mosaïques de la basilique du Saint-Sépulcre de Jérusalem au XIIe s. |