Voici les mots du frère Olivier Catel, membre du Comité éditorial et intervenant lors de cette rencontre (dont nous vous annoncions la tenue et le programme ici : https://www.bibletraditions.org/actualites/amis-best/avec-nos-amis-de-jerusalem-une-conference-sur-les-relations-entre-juifs-et-chretiens/ ) :
« Jeudi 4 juin a eu lieu une rencontre « Juifs face aux chrétiens et au christianisme : entre la pensée et l’action, entre l’inimitié et la fraternité. »
Une rencontre organisée par le Centre d’études du christianisme de l’Université hébraïque (החוג למדע הדתות באוניברסיטה העברית – The Department of Comparative Religion), l’École Biblique et Archéologique Française, L’université ouverte et le Religious Freedom Data Center conduit par Yisca Harani (https://report-hotline-jlm.co.il)
Cette rencontre a eu lieu 3 ans après la première rencontre de 2023 : « Pourquoi certains Juifs crachent sur les chrétiens ? »
En 3 ans, la situation s’est très nettement détériorée et les actes antichrétiens explosent à Jérusalem : crachats, attaques physiques, dégradations de lieux et symboles chrétiens…. La liste est très longue.
Après un accueil par Yonatan Moss, Ayalet Ben Ezra et Denis Charbit, la première session a donné lieu à trois conférences : Avinoam Rosenak, Karma Ben Johanan et moi-même.
Personnellement, j’ai donc parlé de quatre points qui me semblent importants pour avancer :
1/ la question du christianisme dans la représentation de nombreux Juifs. Le christianisme est « avodah zarah », c’est-à-dire « culte étranger » ou « idolâtrie ». Cette qualification est discutée dans la pensée rabbinique et constitue un point important : il faut faire disparaître l’impureté. Cette discussion est donc selon moi l’une des pierres d’angle du problème.
2/ La relation à la terre : est-ce que le peuple juif doit posséder, de manière exclusive, toute la Terre d’Israël pour en jouir réellement ? La notion de sacramentalité, c’est-à-dire de l’absolu qui vient dans le relatif, pourrait servir de modèle pour repenser ce lien.
3/ La purification de la mémoire. Ceux qui attaquent les chrétiens disent souvent qu’ils désirent se venger des persécutions chrétiennes. Il faut donc sans doute aucun rouvrir le débat et réfléchir ensemble pour trouver des témoins qui ont pardonné.
4/ Refuser « l’enseignement du mépris » du christianisme pour reprendre une expression inventée par l’historien français de confession israélite Jules Isaac. Le christianisme est souvent présenté dans certains livres scolaires (religieux ou d’État) comme la cause de tous les malheurs et les chrétiens comme des ennemis qui cherchent à tromper les Juifs.
La seconde session a été très instructive et consacrée au terrain : Yisca Harani a présenté son travail incroyable avec plus de 100 volontaires, un site internet, un rapport annuel, une aide concrète sur le terrain. Ensuite est intervenu un avocat qui, pro bono, défend les chrétiens agressés devant les tribunaux. Finalement, nous avons entendu le témoignage du chancelier du patriarche arménien, de l’aumônier des sœurs polonaises qui vivent un calvaire à Mea Shearim et finalement un rabbin Chabad qui passe une part de son temps à prêcher aux jeunes juifs religieux la tolérance et ce qui lui paraît être le vrai judaïsme.
Je ne sais pas si cette conférence changera vraiment la situation mais ce fut un moment d’une rare intensité et de communion à la fois intellectuelle et humaine.
Un autre Israël est possible, fait d’hommes et de femmes de bonne volonté qui ont compris que l’altérité, la fraternité et le droit sont les piliers d’une société vivante et pérenne. »